Les dix secrets pour une meilleure respiration

 
Voici dix secrets pour une meilleure respiration que l’on retrouve chez les taoïstes illustrés brillamment par les écrits de Dennis Lewis dans ses ouvrages de référence.
 
Chacun d’eux peut prendre plusieurs jours, semaines ou mois à comprendre par la pratique.
Ne sous-estimez aucun d’entre eux.
Il suffit  de pratiquer !
 
1er Secret : 
Si possible dans votre vie quotidienne, inspirez et expirez UNIQUEMENT par le nez, même lorsque vous faites de l’exercice physique.
 
2ème Secret :
Sentez le mouvement de votre respiration fréquemment au milieu de vos activités quotidiennes.
N’oubliez pas de ne pas retenir votre souffle (apnée involontaire) à voir ce comportement dangereux cliquez
 
3ème Secret : 
Assurez-vous que votre ventre est parfaitement détendu. Laissez-le se dilater lorsque vous inspirez et rétractez-le lorsque vous expirez.
Touchez-le et massez fréquemment.
Votre ventre- nommé Hara par la tradition japonaise- est le fondement de votre vie et de votre souffle.
 
4ème Secret : 
Le souffle c’est la vie, LA VÔTRE et le mouvement. Laissez votre respiration s’engager et remplir chaque partie de votre corps,
en particulier votre ventre mais aussi soyez attentifs à votre dos, votre colonne vertébrale et votre poitrine.
 
5ème Secret : 
Pour transformer votre respiration, ne commencez jamais par l’inspiration (comme dans les exercices physiques intempestifs :
inspirez-expirez) mais commencez toujours par votre expiration, par un  » lâcher prise ».
 
6ème Secret : 
Une expiration longue et lente aide à harmoniser votre diaphragme et active une favorable réponse de relaxation.
 
7ème Secret:
 Sentez la pause naturelle après l’expiration : laissez-vous reposer là un instant.
(c’est un temps béni pour recharger le sang en CO2 positif )
 
8ème Secret :
Laissez votre inhalation surgir d’elle-même quand elle est prête.
 
9ème Secret : 
Sentez les différents espaces respiratoires de votre corps plusieurs fois par jour.
Souriez dans ces espaces (envoyez une énergie positive de bien-être) dans ces espaces
et observez comment votre conscience les aide à s’ouvrir et à se fermer sans effort.
 
10ème Secret : 
Rappelez-vous; vous êtes un être unique respirant, vivant en ce moment ici et maintenant.
Laissez-vous ressentir le mystère et le miracle de VOTRE SOUFFLE ET DE VOTRE VIE aussi souvent que vous le pouvez. 
 
LE SOUFFLE DE LA CRÉATION EST EN VOUS 
 
Roland Reymondier



Se régénérer par la marche – Marie Pierre CAMPANT (5/06/22)

« Marcher…

Marcher : se mettre en route et laisser le rythme des pas inscrire un espace nouveau dans nos vies parfois éreintantes.

Marcher : laisser le silence et le calme ouvrir nos esprits et nos coeurs à l’écoute du meilleur de nous-mêmes, à l’écoute d’un Autre.

Marcher : respirer le ciel et la terre, et goûter la saveur d’un essentiel retrouvé, d’une unité recréé dans la simplicité de ce qui est.

Marcher : réalité qui laisse pressentir le mouvement même de la vie. Il suffit de si peu, nous sommes tellement encombrés… »

Monique Gugenberger

 







Nous sommes de plus en plus nombreux à marcher sur les routes et sentiers de nature : campagne, forêt, montagne, mer…

Ma première longue marche,  d’une centaine de km, fut la traversée du cercle polaire en Laponie quand j’étais adolescente. Ce fut un moment mémorable, non seulement par les paysages sublimes et le soleil de minuit mais aussi par la dynamique du groupe d’ados et bien sûr l’expérience de la marche… Point besoin de voyager si loin ou si longtemps pour savourer la marche… Randonnée après randonnée, je prends conscience de tout ce que la marche peut nous apporter pour vivre une vie harmonieuse et consciente. 

Pendant la marche consciente nous expérimentons la présence à nous mêmes et au monde… L’attention est portée sur les pieds, sur le souffle, le corps en mouvement, les sons extérieurs, l’espace en soi et autour de soi… nos sens en éveil… C’est un véritable art de vivre !…

Marcher en conscience est une invitation à marcher en posant nos pieds sur la terre avec la même tendresse qui nous fait caresser le visage d’une personne aimée, ou encore à marcher comme si nous embrassions la terre, comme nous le proposait Thich Nhat Hanh. Cela nous incite à marcher sur la terre avec délicatesse et légereté et non d’un pas lourd et bruyant..

« Quand je marche sur ce chemin, mon coeur est en paix… mes pieds embrassent la terre et mon coeur embrasse le ciel »...Ce sont les paroles d’un chant entonné souvent au début de la marche au Village des Pruniers. La marche nous permet de nous enraciner, de nous connecter à la terre… et en même temps de nous connecter au ciel…de sentir cette connexion entre la terre et le ciel… ce ciel que nous pouvons contempler tout au long de la marche et qui nous invite à l’immensité, en nous offrant un  perpétuel spectacle avec les couleurs et nuages de toutes formes et impermanences…

Marcher peut aussi devenir une façon d’être plus fécond, plus créatif et permettre de faire fructifier des idées, d’offrir à la pensée une liberté nouvelle… nous explique le neurologue Yves Agid. Il a écrit un ouvrage tout récent  avec un philosophe intitulé « Je marche donc je pense »  (1)..qui me rappelle celui de Daniel Zanin avec qui j’ai appris la marche afghane : « Je marche donc je suis » ! (2)… 

Ainsi la marche peut faciliter la pensée… Beaucoup de philosophes font l’éloge de la marche. Roger Pol Droit le confirme : « Certains soulignent que les idées qui leur sont venues en marchant sont les seules qui valent, qu’il faut se méfier des pensées qui nous assaillent quand nous sommes immobiles… »

Ainsi nous pouvons avoir des moments très différents durant la marche… Mais la marche consciente est surtout une présence à soi et ce qui nous entoure, un regard à la fois dirigé vers l’extérieur et vers l’intérieur, une prise de conscience que la nature et notre nature sont indissociables…La nature est une présence protectrice, propice à l’apaisement, aiguisant l’attention  et en favorisant ainsi l’écoute de soi.  

Il m’a été naturel de proposer la marche dans mes activités en constatant tous ses bienfaits.

Pratique de « Marche et ouverture aux sens « plutôt à l’extérieur, dans un jardin ou dans la forêt  : La proposition est de marcher (pieds nus si vous le souhaitez) en remarquant et savourant tout ce qui vous attire et en favorisant les expériences intérieures positives, lentement,  tous les sens « ouverts » : l’odorat, la vue, l’ouïe, le toucher, peut être le goût… Permettez vous simplement d’être présent, de vous relâcher, d’être attiré et de savourer ce qui vous donne du plaisir… Aimez vous la caresse du soleil sur votre peau ? le parfum doux du jasmin ou du pin ? la sensation de la terre sous vos pieds ? la fleur colorée ? le chant de l’oiseau ? Laisser vous entraîner par ce qui vous semble agréable, comme si c’était la seule chose qui  existait dans le monde. Et puis … découvrez quelque chose de nouveau….

Prenez votre temps en marchant doucement, éveillé à ce qui se déroule dans l’instant.

  • (1) « Je marche donc je pense » – Roger Pol Droit, Yves Agid – Editions Albin Michel (2022)
  • (2) « Je marche donc je suis » –  Danilo Zanin, Editions Mango (2017)

 

STAGE D’ETE : MARCHE ET MEDITATION –  Plus d’infos ICI

C’est la 7ème année que je propose un stage d’été de Marche et Méditation, toujours dans des coins de nature privilégiés. Cet été 2022, le lieu sera particulièrement au coeur de la nature. Chaque jour, nous pratiquons la marche, en matinée, en silence, durant 1h30 à 3h avec des moments de pauses régulières dans la nature, des « bains de forêts ».. la marche avec l’ouverture aux sens…

Nous expérimentons pendant ce stage la marche afghane qui est une forme de méditation à part entière, un acte régénérateur, une voie de connaissance de soi…la respiration consciente produisant une véritable douche intérieure, un nettoyage cellulaire salutaire… Le rythme de la marche est de moyen à rapide, les pas et la respiration toniques, mais jamais forcés, même l’effort peut rester un plaisir. Nous profitons du plaisir de la marche prolongée synchronisée à la respiration, en variant les rythmes respiratoires. Le comptage des pas peut être remplacé par des mots positifs…Par exemple quand le terrain monte et que le rythme utilisé est 2/2, c’est à dire 2 inspir/2 expir nous pouvons utiliser le mantra : instant/ présent ou con/fiance. Ainsi lorsque le mental a tendance à nous emmener loin d’où nous sommes, manifester son désir de rester présent est une aide précieuse.

Connue pour ses vertus régénératrices, la marche afghane agit sur le métabolisme. Elle se révèle très bénéfique pour la santé : elle augmente la capacité respiratoire, suroxygène, ralentit le rythme cardiaque … Elle permet de vivre l’instant présent, apaise le mental et procure une sensation de bien-être intense.                

ACCOMPAGNEMENT THERAPEUTIQUE Plus d’infos ICI 

Depuis plus d’un an, je propose un accompagnement psychologique par la marche thérapeutique.

C’est un accompagnement thérapeutique en extérieur, dans la nature avec  la possibilité de questionner une situation et de l’élaborer en marchantLa marche est un puissant facteur de mieux-être psychique en permettant d’élargir nos horizons face aux problèmes de la vie. Devant l’anxiété, l’épuisement émotionnel ou la dépression, elle remet l’esprit en mouvement et ouvre la porte à de nombreuses possibilités de changement. La marche atténue les sentiments négatifs, la rumination mentale : le rythme soutenu d’un pied devant l’autre, surtout dans des environnements naturels apaise nos émotions. Des immersions en forêt sont proposés avec des éléments de sylvothérapie et aussi une possibilité de points de vue surplombant la vallée qui donnent une impression d’espace de tous les possibles…

La thérapie en mouvement peut aussi être bénéfique pour les personnes qui ont de la difficulté avec les formes plus traditionnelles de thérapie, parce que le fait de bouger change la façon de penser. En effet, le mouvement physique permet de sentir qu’on avance physiquement, mais aussi mentalement. 

 « L’action, l’affection et la mentalisation (processus par lequel nos émotions sont transformées en pensées) sont nos tranquillisants naturels prescrits lors d’une marche.»    Boris Cyrulnik 

 

 

 

Lettre ouverte pour un appel à la Paix (2/4/22)

  • Voici un beau documentaire sur la vie de Thich Nhat Hanh (30 mn) ICI
  • Cette lettre est écrite par la communauté du Village des Pruniers, crée par Thich Nhat Hanh

Chère famille humaine,

En observant la tragédie de la guerre qui se déroule chaque jour en Ukraine, nous ouvrons nos cœurs à la souffrance des personnes jeunes et âgées. En tant que communauté internationale de bouddhistes engagés, nous assistons à la guerre actuelle emplis de douleur et inquiétude.

Dans notre communauté bouddhiste, chaque Noël, nous écoutons le son des cloches des églises russes avec une grande joie, et nous ouvrons nos cœurs au riche patrimoine spirituel de la Russie et de l’Europe. Notre maître Thich Nhat Hanh disait : “Une cloche est toujours une cloche ; qu’elle soit catholique, protestante, orthodoxe ou bouddhiste, elle reste une cloche”. En écoutant la cloche, quelles que soient nos racines culturelles ou religieuses, nous pouvons faire une expérience profonde et toucher la paix et une dimension spirituelle partagée. Nous aspirons tous à la paix. Nous avons tous besoin de paix.

Nos propres racines se trouvent dans la guerre du Vietnam, au cours de laquelle plus de trois millions de personnes sont mortes et quelque deux millions ont fui en tant que réfugiés. Notre enseignant, le vénérable moine bouddhiste vietnamien Thích Nhất Hạnh, nous a appris que la guerre n’est jamais une solution. Elle ne mène qu’à la division et à la haine qui peuvent se perpétuer pendant des générations.

Notre enseignant a travaillé sans relâche pour la paix au Vietnam en ne choisissant jamais un camp. Au lieu de cela, il a appelé les adversaires à s’intéresser de près à la douleur, à l’anxiété et à la peur existentielle de l’autre, et à prendre en compte l’horrible bilan de la guerre pour toutes les victimes. Contraint à l’exil, il est devenu le chef spirituel d’un mouvement mondial pour la paix, la réconciliation et le désarmement.

Nous pensons que le message universel de paix de notre maître peut offrir un espoir en cette période charnière pour l’Ukraine, la Russie et l’humanité. L’histoire nous montre que la guerre peut se transformer en paix ; les survivants peuvent guérir malgré leurs blessures. Au nom de notre maître, Thich Nhat Hanh, et de son grand amour, de sa compassion et de sa sagesse, nous, ses élèves, appelons à un cessez-le-feu immédiat, pour mettre fin à l’effusion de sang en Ukraine. Nous envoyons notre amour et notre soutien aux négociateurs des deux côtés. Puissent-ils s’écouter profondément et créer les conditions de la paix.

Le Bouddha nous dit que notre véritable ennemi ne se trouve pas chez les autres mais dans notre propre peur, notre anxiété et notre chagrin, notre colère, notre avidité, notre ignorance et notre haine. La guerre est rendue possible par une pensée dualiste et discriminante, et par l’idée que c’est seulement en éliminant notre soi-disant ennemi que nous pouvons avoir la paix et la sécurité. Mais, comme l’a dit le Bouddha, la haine ne peut pas résoudre la haine. Seuls la compréhension et l’amour peuvent transformer la haine.

Comme l’a dit notre maître, quand il y aura la paix en nous-mêmes, il y aura la paix dans le monde . Si nous parvenons à mettre un terme pacifique à la guerre en Ukraine, le monde entier en bénéficiera, car en tant que famille humaine, nous sommes interconnectés et interdépendants. Nous prions également pour que les précieuses ressources mondiales puissent être réorientées de la guerre vers les domaines où elles sont le plus nécessaires, à savoir la lutte contre la maladie, la pauvreté, la faim et la malnutrition, le trafic d’êtres humains – y compris l’exploitation des enfants vulnérables, le stress environnemental et le changement climatique.

Notre monde a besoin d’une culture de la paix. Notre famille humaine doit passer à un autre niveau d’évolution, à une spiritualité « cosmique » et une éthique qui peuvent unir tous les peuples et toutes les nations, en éliminant la séparation et la discrimination. Dans cet esprit, en tant que communauté du bouddhisme engagé, nous avons renouvelé notre engagement à la veille du Nouvel An 2021 de pratiquer la pleine conscience pour la paix sur terre. Vous trouverez ci-dessous, pour votre considération, notre engagement.

​La mission de paix est l’œuvre de grands et nobles êtres. En tant que famille humaine, pour le bien du peuple ukrainien, du peuple russe et des soldats des deux camps, notre tâche la plus urgente est d’investir toutes nos ressources dans l’exploration de toutes les options viables pour la paix en cette période de grand danger pour l’humanité.

Tous nos ancêtres et nos descendants comptent sur nous.

Avec amour et confiance,

Bhikkhu Thích Chân Pháp Ấn
Moine aîné de la communauté du Village des Pruniers

Bhikkhuni Thích Nữ Chân Không
Nonne aînée de la communauté du Village des Pruniers


Ce corps n’est pas moi de Thich Nhat Hanh

Thich Nhat Hanh est décédé paisiblement à l’âge de 95 ans au Vietnam le 22 Janvier 2022. Considéré en Occident comme le père de la méditation de pleine conscience : « Thay a été l’enseignant le plus extraordinaire, dont la paix, la tendre compassion et la brillante sagesse ont touché la vie de millions de personnes ». Comme dirait Thay : “Parce que nous avons vu le chemin, nous n’avons plus rien à craindre.”

« Je suis arrivé, je suis chez moi” signifie : Je ne veux plus fuir. J’ai couru toute ma vie, et je ne suis arrivé nulle part. Maintenant, je veux m’arrêter. Ma destination est l’ici et maintenant, le seul moment et le seul endroit où la vraie vie est possible. » Thich Nhat Hanh

 

 

« Ce corps n’est pas moi.

Je ne suis pas limité par ce corps.

Je suis la vie sans limites.

Je ne suis jamais né et jamais ne mourrai.

 

Regarde le vaste océan et le ciel immense là-haut

Etincelant de milliers d’étoiles.

 

Tout n’est que la manifestation de mon esprit.

Depuis toujours, je suis libre.

Naissance et mort ne sont que jeu de cache-cache,

Portes d’entrée et de sortie.

 

Prends ma main et rions tous les deux.

Ceci n’est qu’un au revoir.

Nous nous reverrons encore.

 

Nous ne cessons de nous rencontrer

Aujourd’hui et demain

A notre source et à chaque instant

Sur des milliers de chemins de la vie. »

 

Extrait de “Cérémonie du coeur” (Ed. Sully 2010)

Je continuerai à croire…

« Je continuerai à croire, même si tout le monde perd espoir.
Je continuerai à aimer, même si les autres distillent la haine.
Je continuerai à construire, même si les autres détruisent.
Je continuerai à parler de paix, même au milieu d’une guerre.
Je continuerai à illuminer, même au milieu de l’obscurité.
Je continuerai à semer, même si les autres piétinent la récolte.
Et je continuerai à crier, même si les autres se taisent.
Et je dessinerai des sourires sur des visages en larmes.
Et j’apporterai le soulagement, quand on verra la douleur.
Et j’offrirai des motifs de joie là où il n’y a que tristesse.
J’inviterai à marcher celui qui a décidé de s’arrêter…
Et je tendrai les bras à ceux qui se sentent épuisés. » 

Abbé Pierre

Des neuroscientifiques lyonnais auscultent la méditation – Le monde (15/10/21)

 

Par Richard Schittly, Lyon, correspondant

Une équipe de l’Inserm conduit une expérience ambitieuse d’analyse du fonctionnement cérébral de méditants expérimentés, afin de tenter de cerner ce processus mental.

Une équipe lyonnaise de scientifiques de l’Inserm mène une expérience consacrée aux effets de la méditation sur le cerveau, à partir d’un protocole aux proportions inédites. Nommée Longimed, simplification d’« évolution longitudinale de la perception et de la cognition lors d’une retraite de méditation », cette étude neuroscientifique vise à identifier les changements comportementaux et cérébraux intervenant lors de la pratique intensive de la méditation, plus précisément dans une phase maximale d’expérience méditative.

Les chercheurs ont accumulé des données à partir d’une cohorte de volontaires, recrutés pour leur pratique poussée de la méditation, placés en retraite complète d’une durée ininterrompue de dix jours. En tout, 54 personnes réparties en plusieurs groupes se sont prêtées à l’expérience. Trois retraites se sont déroulées entre octobre 2020 et mars 2021, dans un centre d’accueil du Poizat, près de Nantua (Ain). A l’issue d’un calendrier perturbé par les épisodes de confinement sanitaire, les dernières mesures ont été effectuées en juin, dans le laboratoire du centre de recherche en neurosciences basé dans le parc de l’hôpital Le Vinatier, à Bron (Rhône). L’équipe, constituée d’une dizaine de chercheurs et assistants, se donne désormais un an pour livrer les résultats complets de l’étude financée par le Conseil européen de la recherche.

Exercice intensif

« Un tel format expérimental manquait à la littérature scientifique. La durée des retraites que nous avons organisées nous permet d’aller plus loin dans la connaissance des ressorts de la méditation sur les schémas perceptifs, cognitifs et affectifs du cerveau »,expose Antoine Lutz, 48 ans, du Centre de recherche en neurosciences de Lyon. Auteur d’une thèse soutenue en 2002 à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) et chercheur durant dix ans à l’université du Wisconsin, le directeur de recherche s’inscrit dans la filiation scientifique qui a démarré en 1983 par la rencontre fondatrice entre le neurobiologiste Francisco Varela et le dalaï-lama. Antoine Lutz a aussi participé aux premières études en imagerie cérébrale sur les méditations réalisées avec des méditants chevronnés, comme en 2015 avec le moine bouddhiste Matthieu Ricard.

CERTAINES ONDES ET ZONES DU CERVEAU SONT DIRECTEMENT TOUCHÉES PAR L’EXERCICE DE LA MÉDITATION, COMME SI LA PLASTICITÉ DU CERVEAU BÉNÉFICIAIT DE L’EXERCICE MENTAL

« Ce champ d’étude n’a pas été pris au sérieux à ses débuts. On me disait que je quittais la science ! Depuis vingt ans, les neurosciences cognitives sont en pleine expansion et le sujet de la méditation nous apporte beaucoup d’enseignements sur la manière dont le cerveau fonctionne »,explique Antoine Lutz. Des études précédentes ont montré qu’il existe des principes neurocomputationnels spécifiques de fonctionnement du cerveau lors de pratiques méditatives intenses. Certaines ondes et zones du cerveau sont directement touchées par l’exercice intensif de la méditation, comme si la plasticité du cerveau bénéficiait de l’exercice mental qui consiste à accueillir pensées et sensations dans l’immobilité et le silence. Avec l’observation de hautes doses de méditation, l’équipe de l’Inserm cherche à identifier les marqueurs comportementaux et neurophysiologiques de l’effet des situations dites « de pleine conscience ». L’étude lyonnaise veut confirmer, modéliser et tester ces principes, afin de tenter d’établir une théorie neurocognitive complète de la méditation.

« On n’arrête pas l’esprit »

Selon le protocole de Longimed, les participants ont suivi huit sessions de méditation par jour, pilotées par un professionnel. Pas d’autres loisirs, peu de conversations, les téléphones proscrits, des repas en commun : tous les groupes ont connu des conditions similaires, avec le minimum de perturbations extérieures. Chaque participant était invité à remplir sur une tablette un questionnaire quotidien d’une vingtaine d’items, afin de décrire ses sensations.

« NOUS OBSERVONS NOUS-MÊMES COMMENT NOTRE CERVEAU FONCTIONNE, C’EST L’ESSENCE DE LA MÉDITATION », CORINNE FORQUEZ, PARTICIPANTE

Trois types de mesure physique ont été menées sur place : auditives, avec différents sons dans des écouteurs ; tactiles, avec un appareil fixé sur le doigt, permettant de répliquer une force donnée ; et sensitives, à partir de légères stimulations électriques. L’ensemble de ces mesures a été effectué à trois reprises : avant, pendant et après le stage de méditation. Un groupe témoin a fait l’objet de relevés similaires, sans méditation, afin d’évaluer les différences. Des mesures complémentaires ont été réalisées par électroencéphalogramme et imagerie par résonance magnétique (IRM). D’une durée d’une heure et demie, les examens d’IRM ont été effectués à trois reprises, avant la retraite, à la fin de celle-ci, puis trois semaines après.

« L’IRM est le seul appareil que nous n’avons pas pu transporter dans le centre de retraite du Jura ! Sinon, le laboratoire a été déployé sur place. Le fait d’étudier et de prendre des mesures pendant les stages dans des conditions stables sur d’aussi longues durées, c’est ce qui a donné son caractère exceptionnel à cette étude », déclare Arnaud Poublan-Couzardot, 26 ans, membre de l’équipe lyonnaise, doctorant en troisième année à l’université Claude-Bernard Lyon-I. « Cette expérience a été très intense, même pour un public qui pratique souvent la méditation. Au fil du temps, nous observons nous-mêmes comment notre cerveau fonctionne, c’est l’essence de la méditation. On n’arrête pas l’esprit ! », confie Corinne Forquez, 52 ans, participante de l’expérience Longimed.

Mieux gérer la souffrance

« La méditation permet de prendre conscience de sa vie mentale. Cette observation détachée opère une sorte de décentrage cognitif. Vous accueillez la colère, la peur, l’ennui, la douleur, sans être gêné, sans être happé et sans vouloir changer les pensées et les émotions. Ce faisant, vous gagnez un peu d’espace, qui permet de voir sans être dans le réactif. C’est ce que nous venons d’établir expérimentalement »,résume Antoine Lutz. En étudiant l’observation volontaire et la régulation des schémas perceptifs et affectifs du cerveau, l’expérience Longimed cherche notamment à mieux cerner le phénomène d’amplification cognitive de la douleur.

« Cette présence non réactive permet de mieux gérer la souffrance, car elle réduit la composante affective de la douleur tout en laissant inchangée sa composante sensorielle », explique le chercheur. Les premiers résultats semblent très prometteurs. « La méditation ne modifie pas l’intensité de la douleur, mais plutôt sa composante affective. Nous identifions les effets de la méditation dans ce processus »,indique Arnaud Poublan-Couzardot. Ce qui ouvre des perspectives cliniques. A Lyon, comme dans d’autres villes, un diplôme universitaire (DU) propose d’intégrer la méditation dans les parcours de santé. « Ce type de DU s’inscrit dans une médecine plus humaniste qui inclut davantage le patient dans sa propre prise en charge et qui focalise sur les capacités naturelles de prendre soin de soi », soutient Antoine Lutz.

 
 
 
 
 
 
 

Ne nous trompons pas d’“ennemis” – Plus dangereux que le covid, le virus de la division – Olivier Clerc

 

Dans quel camp êtes-vous ? Êtes-vous pour ou contre le vaccin ? Pour ou contre le Pass sanitaire ? Qui sont vos alliés, et qui vos ennemis ?

Depuis bientôt un an et demi, la société se clive de plus en plus. Chaque camp projette le diable sur l’autre. Depuis le 12 juillet, la situation est encore pire. Dans les familles, dans les entreprises, les associations, partout, les gens commencent à se regarder de travers selon que l’autre est ou non du même bord que soi.

Un virus bien plus dangereux que le covid est en train de détruire la société sous nos yeux : celui de la division, celui de l’étiquetage mutuel, du jugement, de la haine et de l’exclusion.

Si nous le laissons proliférer, dans quel monde allons-nous vivre demain ? Allons-nous laisser la société se couper en deux, avec une ligne de partage qui traversera chaque famille, chaque ville ou village, chaque commerce, chaque parti, chaque association ?

Un tel clivage ne peut avoir aucun gagnant. Peu importe le camp qui l’emporterait, ce serait l’esprit de division qui aurait triomphé et qui, demain, créerait de nouvelles lignes de fractures et poursuivrait sans fin le morcellement ainsi amorcé. Jusqu’à ce que tout le tissu social ne soit plus qu’un champ de ruines.

L’unité, seul remède à la division – que certains responsables politiques invoquent sans vraiment savoir de quoi ils parlent – ne peut exister qu’entre personnes ayant des convictions, des croyances, des pratiques différentes, mais sachant néanmoins se respecter mutuellement et vivre ensemble. Lorsque ces différences ne sont plus tolérées, comme actuellement, ce n’est pas l’unité qui règne, mais l’uniformité qui en est l’exact contraire, puisqu’elle détruit la diversité indispensable au vivant.

 

Si nous voulons trouver de véritables “ennemis” à combattre, mais cette fois pour rester unis et ne pas nous tromper de cibles, en voici quelques-uns, dont vous constaterez qu’aucun n’est une personne ni un groupe d’individus :

– L’esprit binaire vient en tête de liste, bien sûr, car il nous conduit à réduire la complexité des choses, des gens et des problèmes à des dualités simplistes, pour/contre, gentil/méchant, bon/mauvais, qu’on répartit en camps adverses. C’est lui qui donne naissance à l’esprit de division.

– La peur vient en second, qui a envahi la société depuis un an et demi : sa vibration émotionnelle toxique empêche de penser correctement, sans compter qu’elle empoisonne nos cellules et affaiblit notre immunité.

– Le besoin d’avoir raison suit juste après : la conviction d’être seuls détenteurs d’une vérité, sans accorder le moindre crédit à qui pense différemment. Le mental humain étant capable de justifier toutes les croyances, sans exception, les plus pertinentes comme les plus fausses, avoir raison ne prouve jamais qu’on soit dans le vrai. La vérité est plus vaste qu’aucun raisonnement.

– L’étiquetage qui parasite depuis un an le journalisme : étiqueter quelqu’un (complotiste, rassuriste, alarmiste…) permet de disqualifier cette personne sans même s’intéresser à ce qui motive son point de vue. Une fois étiquetée, elle en perd d’ailleurs son statut de personne à part entière : elle est réduite à une opinion, forcément erronée.

– La diabolisation du camp adverse, qui en découle naturellement : si l’autre ne pense pas comme moi, c’est qu’il est mauvais, qu’il a tort, qu’il est nuisible à moi-même et aux autres. Rapidement, on ne le voit plus vraiment comme un être humain d’ailleurs, plutôt comme un monstre, un ennemi à neutraliser.

– La conviction de faire ce qui est bon pour les autres, déjà dénoncée autrefois par Alice Miller[1] dans son fameux livre C’est pour ton bien. Un proverbe touareg enseigne avec sagesse que « Ce qu’on fait pour les autres, sans les autres, c’est contre les autres ». Autrement dit, le « bien commun » ne peut résulter que d’un cheminement collectif.

– L’exclusion, qui est la conséquence logique de tout ce qui précède. Celui de l’autre bord a tort, il est mauvais, d’ailleurs il ou elle est …… (choisir son étiquette). Je sais mieux que lui ce qui est bon pour lui. Et s’il ne veut pas s’y plier, il ne reste qu’à l’exclure. Il ou elle l’aura bien cherché.

On pourrait certainement en trouver d’autres, mais nos véritables “ennemis” sont là, ils sont en nous. Il s’agit d’attitudes, de comportements que chacun de nous est susceptible d’arborer, quel que soit son camp, et qui sont une véritable gangrène pour le corps social que nous formons ensemble. Ces “ennemis”-là – ces poisons-là devrait-on dire – nous ne pouvons les guérir qu’avec ces antidotes à (re)découvrir que sont :

– Le dialogue, et en particulier la capacité à converser en bonne intelligence avec ceux et celles qui pensent autrement que nous, à nous ouvrir à leurs sources d’information, à leur expérience personnelle, leur parcours de vie, à tout ce qui les conduit à avoir aujourd’hui telle opinion, différente de la nôtre.

– La capacité à se remettre en question, à accepter que nul ne détient toute la vérité, la volonté d’aller examiner d’autres points de vue que le sien. Voire, celle de reconnaître que l’on avait en partie tort…

– L’acceptation de la complexité, car le monde n’est pas binaire, noir/blanc. Aucun problème ne peut se résumer à des 0 et des 1 : il y a d’infinies combinaisons, d’infinies nuances de gris.

– L’esprit d’inclusion, enfin, car l’autre, quelles que soient les opinions qu’il cultive, est un être humain comme moi, possédant les mêmes besoins fondamentaux, les mêmes aspirations essentielles, quelqu’un de bien moins différent de moi que nos idées ou croyances divergentes ne le laissent supposer en apparence.

 

Alors, qu’allons-nous combattre, au final ?

D’illusoires ennemis extérieurs, qui sont en réalité nos frères et sœurs en humanité, quitte à imposer à notre société l’une des divisions les plus profondes et les plus lourdes de conséquences de son histoire ? Allons-nous laisser apparaître une guerre civile, des émeutes un peu partout, ou encore une nouvelle guerre de religion, opposant cette fois des croyances médicales[2] à d’autres ?

Ou allons-nous plutôt nous occuper de nos propres ennemis intérieurs, nos peurs, nos vieux réflexes claniques, nos jugements, nos rejets ?

Surtout : quelle société nos choix vont-ils produire demain ?

Une société coupée en deux, déchirée d’un bout à l’autre par une fracture traversant toutes les couches sociales, les catégories professionnelles, les appartenances ? Un tissu social en lambeaux, traversé par la peur, le ressentiment, la haine, la honte ?

Ou une société aspirant à l’unité malgré ses différences et ses désaccords, recherchant ensemble, dans la diversité et le pluralisme retrouvés, des solutions aux défis actuels, sans exclure ni rejeter personne ?

    

Nous sommes à un tournant majeur de notre histoire. Ne nous méprenons pas sur ce qui est réellement en jeu ici, bien au-delà de seules questions sanitaires (ou politiques). C’est de notre avenir commun dont il est véritablement question, de la manière dont nous allons choisir notre façon de vivre ensemble, les uns avec (ou contre) les autres.

Certaines décisions ne sont pas de notre ressort, elles sont dans les mains de ceux qui nous dirigent, pour le meilleur ou pour le pire.

D’autres, en revanche, ne dépendent que de nous, individuellement et collectivement. Personne ne peut nous contraindre à étiqueter, à juger, à rejeter, à haïr ou à exclure. Personne. Tous et toutes nous pouvons faire le choix du dialogue, de la rencontre, de l’ouverture à celles et ceux qui pensent autrement, qui ont d’autres convictions, d’autres pratiques. Nous pouvons refuser la division, refuser l’exclusion, être solidaires les uns des autres, par delà nos opinions divergentes.

Il n’y a pas des vaccinés d’un côté et des non-vaccinés de l’autre. Il y a seulement des êtres humains, hommes, femmes et enfants, qui aspirent tous à vivre en bonne intelligence les uns avec les autres, à cultiver et préserver leur santé, grâce à la multitude de médecines et thérapies complémentaires qui existent pour cela, et à affronter ensemble, dans le respect de leur diversité, les défis majeurs que nous présente notre époque. Nous n’y parviendrons qu’ensemble, tous ensemble, en nous appuyant sur la multitude de connaissances et d’expériences disponibles, dans toute leur richesse et leur complémentarité, sans plus en exclure aucune.

 

Olivier CLERC (article du 23 Juillet 2021)

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Conseils de sagesse pour traverser la tempête – Thich Nhat Hanh

« Chaque fois que nous ressentons une forte vague de peur, de colère ou de jalousie, nous pouvons faire quelque chose pour prendre soin de cette énergie négative afin de l’empêcher de nous détruire. Il ne doit pas y avoir de conflit entre un élément et un autre élément de notre être. Il faut seulement un effort pour prendre soin et être capable de transformer. Nous adoptons une attitude non violente envers notre souffrance, notre douleur, notre peur.

Quand nous avons une forte émotion comme la peur et le désespoir, cela peut être plus fort que nous. Mais avec la pratique, nous savons que nous pouvons apprendre comment embrasser notre peur parce que nous savons qu’en chacun de nous il y a la graine de la pleine conscience.

Si nous pratiquons et stimulons cette graine chaque jour en marchant, en nous asseyant, en respirant, en souriant, en mangeant, nous cultivons l’énergie de la pleine conscience. Et ensuite, chaque fois que nous avons besoin de cette énergie, il nous suffit de toucher cette graine, et immédiatement, l’énergie de pleine conscience se manifeste, à notre disposition pour embrasser nos émotions. Si nous réussissons à faire cela, ne serait-ce qu’une fois, alors nous obtenons un peu plus de paix et nous aurons moins peur de nos émotions fortes la prochaine fois que nous aurons affaire à elles quand la peur vient nous rendre visite.

Supposons que vous ayez beaucoup de souffrance, de regrets ou de peur, enfouis dans les profondeurs de votre conscience. Beaucoup d’entre nous ont d’importants blocs de souffrance et de douleur dans les profondeurs de leur conscience, qu’ils ne supportent pas de regarder en face. Nous nous efforçons d’être toujours très occupés pour être sûrs que ces visiteurs indésirables ne viennent pas nous rendre visite. Nous nous occupons avec d’autres « invités » – nous prenons un magazine ou un livre, nous allumons la télévision ou nous écoutons de la musique. Nous faisons tout et n’importe quoi dans le seul but de remplir notre attention avec quelque chose. C’est la pratique de la répression, du refoulement.

La plupart d’entre nous adoptent cette stratégie d’embargo. Nous ne voulons pas ouvrir la porte à notre peur, à nos soucis, à notre dépression pour qu’ils apparaissent, alors nous recherchons toutes sortes de choses pour occuper notre esprit. Et il y a toujours beaucoup de choses disponibles pour nous aider à nous distraire de ce qui se passe en nous. Il existe de nombreux moyens de se divertir, comme, par exemple, la télévision. Elle peut être utilisée comme une sorte de drogue. Quand la souffrance devient insupportable en nous, nous allumons parfois la télévision pour oublier nos tourments. Cela remplit notre salon d’images et de sons. Même si le programme que nous regardons n’est pas satisfaisant, nous n’avons souvent pas le courage d’éteindre la télé.

Pourquoi cela ? Parce que, bien que ce soit inintéressant et même perturbant, nous pensons que c’est mieux que de revenir à nous-mêmes pour être confrontés à notre souffrance intérieure. La distraction est une stratégie très répandue. Certains choisissent de vivre dans une zone sans télévision, tout comme il y a des zones sans tabac ou sans alcool. Mais beaucoup parmi nous utilisent la télévision ou les jeux vidéo pour masquer leur inconfort.

Je connais une famille où l’on regardait la télévision tous les soirs. Un jour, ils sont allés au marché aux puces et ils ont vu une statue du Bouddha. Ils l’ont achetée pour la ramener à la maison mais, comme le logement était petit, il n’y avait pas de place pour mettre la statue. Alors ils ont décidé de la poser sur le téléviseur, qui était un endroit propre et présentable. Par hasard, je suis passé dans cette famille juste après qu’ils avaient installé le Bouddha. Je leur ai dit : “Chers amis, la statue et la télévision ne vont pas bien ensemble, parce que ces deux choses sont des pôles opposés. Le Bouddha est là pour nous ramener à nous-mêmes, tandis que la télévision nous aide à nous enfuir de nous-mêmes.”

La respiration ventrale

Il existe plusieurs méthodes simples pour prendre soin de nos émotions. L’une d’elles est la respiration ventrale, la respiration abdominale. Quand nous sommes la proie d’une forte émotion comme la peur ou la colère, la pratique consiste à ramener notre attention à notre abdomen. En effet, si nous restons au niveau intellectuel, nous ne sommes pas en sécurité.

Les émotions fortes sont comme une tempête, au coeur de laquelle il est très dangereux de rester. Pourtant c’est ce que nous faisons, pour la plupart, quand nous sommes énervés ; nous restons dehors, dans la tempête de nos émotions, et elles nous submergent. Ce qu’il convient de faire, c’est de nous enraciner en ramenant notre attention vers le bas. Nous nous concentrons sur notre abdomen et nous pratiquons la respiration consciente, focalisant notre attention sur le ventre qui se gonfle et qui s’abaisse.

Tenir bon dans la tempête

Si vous regardez un arbre dans la tempête, vous voyez que ses branches et ses feuilles sont violemment secouées en tous sens par le vent. Vous avez l’impression que l’arbre ne va pas résister à la tempête.

Vous êtes comme cela lorsque vous êtes la proie d’une vive émotion. Comme l’arbre, vous vous sentez très vulnérable. Vous risquez de casser à tout moment. Mais si vous dirigez votre attention vers le tronc de l’arbre, vous voyez les choses différemment. Vous voyez que l’arbre est solide et profondément enraciné dans la terre. Si vous focalisez votre attention sur le tronc de l’arbre, vous réalisez que l’arbre est fermement enraciné et qu’il ne peut pas être emporté par le vent.

Chacun de nous, en position assise ou debout, est comme l’arbre. Lorsque la tempête de vos émotions passe, vous ne devez pas rester dans le plus fort de la tempête, au niveau du cerveau ou de la poitrine. Si vous êtes submergé par de fortes émotions, ne restez pas là, c’est trop dangereux.

Ramenez votre attention à votre nombril, c’est le tronc, la partie la plus solide de vous-même, et pratiquez la respiration consciente. Prenez conscience du ventre qui se soulève et qui s’abaisse. Si vous faites cela dans une position stable, comme la position assise, vous vous sentez beaucoup mieux. Respirez simplement. Ne pensez à rien. Respirez en suivant le mouvement du ventre qui se gonfle et se dégonfle. Pratiquez cela dix ou quinze minutes, et votre forte émotion passera son chemin.

Les émotions ne sont que des émotions

La méditation a deux aspects : tout d’abord s’arrêter et calmer, et ensuite regarder profondément pour transformer. Quand vous avez suffisamment d’énergie de pleine conscience, vous pouvez regarder profondément dans n’importe quelle émotion pour découvrir quelle est sa vraie nature. En faisant cela, vous devenez capable de transformer l’émotion.

Bien sûr, les émotions ont des racines profondes en nous. Elles sont si fortes que nous pensons que nous ne pourrons pas survivre si nous les laissons s’exprimer. Alors nous les nions, nous les refoulons jusqu’à ce que, finalement, elles explosent et fassent du mal à nous-mêmes et aux autres.

Mais une émotion est juste une émotion. Elle vient, elle reste un moment, puis elle repart. Pourquoi devrions-nous nous faire du mal ou en faire aux autres simplement à cause d’une émotion ? Nous sommes tellement plus que nos émotions.

Si nous savons comment utiliser le regard profond, nous serons capables d’identifier et de déraciner les sources de nos émotions douloureuses. Le simple fait d’embrasser nos émotions peut déjà apporter un grand soulagement. Si, pendant le moment critique où l’émotion est là, nous savons comment et où prendre refuge, si nous sommes capables d’inspirer et expirer en portant notre attention sur le ventre qui se gonfle et se dégonfle durant quinze minutes, vingt minutes, voire même vingt-cinq minutes, alors la tempête va passer et nous verrons que nous pouvons survivre.

Lorsque nous réussissons à survivre à nos fortes émotions, nous faisons l’expérience d’une paix intérieure plus solide. Dès lors que nous possédons la pratique, nous n’avons plus peur. La prochaine fois qu’une émotion forte se manifestera, ce sera plus facile. Nous savons déjà que nous pouvons y survivre.

Si nous pouvons nous détendre lorsque nos émotions fortes surviennent, alors nous ne transmettrons pas la peur à nos enfants et aux générations à venir. Si nous restons avec notre peur, en la refoulant jusqu’à ce qu’elle explose, alors nous partageons cette peur avec les jeunes autour de nous, qui vont la consommer et la transmettre à leur tour.

Mais si nous savons comment gérer notre propre peur, nous deviendrons davantage capables d’aider nos bien-aimés et nos petits à gérer la leur. Nous pouvons rester avec eux et leur dire : « Chéri, inspire et expire avec moi. Sois attentif à ton ventre qui s’élève et s’abaisse. » S’ils vous voient faire cela, alors il y a des chances qu’ils vous écoutent. Parce que vous êtes là et que vous offrez votre énergie de pleine conscience et votre solidité, votre enfant ou votre partenaire sera capable de traverser les turbulences des émotions. Il saura qu’avec son bien-aimé à ses côtés il peut survivre aux émotions fortes.

Si vous offrez l’exemple d’une personne qui garde son calme face à la peur, si vous enseignez aux plus jeunes comment survivre à leurs propres tempêtes, vous leur transmettez une capacité très précieuse, qui peut même leur sauver la vie à l’avenir. »

Extrait du livre « La Peur » de Thich Nhat Hanh