Qu’est ce que la douleur ?
La définition de la douleur elle-même a été révisée. Pour « l’International association for the study of pain », qui regroupe tous les médecins et chercheurs spécialistes de la douleur, la douleur est décrite comme une « expérience sensorielle ET émotionnelle désagréable en lien avec une lésion tissulaire réelle ou potentielle. » Cette composante émotionnelle a longtemps été sous estimée par les scientifiques. La douleur est un véritable système d’alarme qui préserve notre intégrité corporelle.
Des méthodes moins orthodoxes que la pharmacologie sont de plus en plus explorées pour atténuer le ressenti des douloureux chroniques en jouant indirectement sur le vécu de la douleur : c’est le cas de la méditation et de l’hypnose, aujourd’hui prises très au sérieux par les scientifiques
Méditation de pleine conscience :
La méditation de pleine conscience est une approche psycho-corporelle issue de pratiques désacralisées du bouddhisme. C’est une pratique qui consiste à diriger son attention, de façon intentionnelle, sur le moment présent et avec une attitude de non-jugement. Le programme d’origine, Mindfulness-Based Stress Reduction (MBSR), a été créé en 1979 par le Dr Kabat-Zinn. Ce programme constitue une approche éducative qui vise, par un apprentissage expérientiel, à développer l’aptitude à répondre plus efficacement au stress, à la douleur et à la maladie en invitant les participants à se relier à leurs ressources internes. Les participants apprennent à reconnaître leurs réactions habituelles aux difficultés et à adopter une attitude d’acceptation et de non jugement envers toute expérience, y compris les sensations, pensées, émotions ou comportements difficiles. En savoir plus
Depuis, d’autres programmes ont été développés sur cette base. Leurs composantes clés sont : la pratique progressive de la méditation de pleine conscience, le développement d’une relation nouvelle aux expériences, de la psychoéducation et un accompagnement par une personne ayant une formation adéquate et les qualités nécessaires.
Méditer permet d’apprendre à « accueillir et laisser repartir » ses pensées, sensations et émotions qui peuvent apparaître à chaque instant. Il est possible de méditer de façon « formelle », en étant assis ou couché, mais aussi de façon « informelle » en mangeant par exemple. La méditation étant considérée comme « un entraînement mental », il est recommandé de la pratiquer quotidiennement.
Méditation, douleur et cerveau :.
« L’idée n’est pas de supprimer la cause, mais le ressenti de la douleur, en jouant sur deux régions particulièrement importantes du cortex, activées lors d’une expérience douloureuse : l’insula et le cortex cingulaire antérieur, explique Rémy Schlichter, professeur de neurosciences à l’université de Strasbourg. Ces régions aident en effet le système nerveux central à décider si un stimulus est important ou pas. » L’objectif des pratiques comme l’hypnose ou la méditation est de brouiller le système pour empêcher qu’une information potentiellement douloureuse arrive à notre conscience.
« Le cerveau ne peut traiter qu’un nombre limité d’informations en parallèle, environ 6 ou 7, précise Rémy Schlichter. La méditation de pleine conscience, en focalisant l’attention sur la respiration, ou telle ou telle partie du corps, modifie l’état cognitif du cerveau. Tout occupé à traiter ces nouvelles informations, il se retrouve incapable d’en traiter d’autres. » L’hypnose suit une autre logique : il s’agit ici de dissocier l’aspect sensoriel (les circuits de la nociception) du ressenti émotionnel, et de réassocier un autre contexte au stimulus, afin d’en changer l’interprétation. En savoir plus
Programme MBPM :
Le programme MBPM (Mindfulness Based Pain Management) est spécialement proposé pour les patients douloureux chroniques et arrive en France depuis peu. Il permets aux participants d’accueillir l’expérience de l’inconfort somatique et/ou psychique dans une attitude de non-jugement et de bienveillance. En se « reconnectant » à leur corps et à leurs émotions, ils peuvent faire face à leur problématique différemment avec une conscience accrue de leurs besoins et de leurs stratégies de gestion habituelles. Le cycle MBPM agit à la fois sur la dimension physique de la douleur, mais aussi émotionnelle, cognitive et affective. Le soutien du groupe et la rupture avec une solitude parfois liée à la maladie peuvent aussi être des éléments favorables. En savoir plus
Ce programme commence à intégrer les centres de la douleur en France. Ainsi des collègues les proposent à la Pitié Salpètrière et au Chu de Bordeaux. Pour ma part, je viens de rejoindre le centre de la douleur du Chu de St Etienne pour le proposer.
En conclusion, la pratique de la méditation de pleine conscience peut représenter un soutien important face à des souffrances physiques et/ou morales dans un contexte de maladie somatique. Elle peut favoriser l’acceptation de « ce qui est » avec une attitude proactive dans la gestion de son bien-être et de sa santé. La condition de base est de s’entraîner dans une régularité de la pratique.