Apprivoiser le stress et les émotions par la méditation

Le débat sur l’éducation est d’actualité, un questionnement bouillonne actuellement ! Nous pouvons être acteur du changement, en apportant chacun notre pierre à l’édifice.

La pleine conscience peut être un des apports à ce changement ! De nombreuses expériences sont mises en place depuis plusieurs années dans différents pays (Pays Bas, Royaume Unis, USA, Allemagne…) et depuis peu des initiatives de plus en plus nombreuses ont lieu en France dans les écoles. De plus en plus d’enseignants adoptent des pratiques de pleine conscience en proposant aux enfants des activités simples comme la respiration, la gratitude, l’attention aux sensations ou encore la météo des émotions…

Ces initiatives sont autant de graines de bienveillances que nous plantons pour le présent et l’avenir de nos enfants et de notre société ! L’énorme avantage est qu’il n’y a pas besoin de posséder de matériel particulier ou d’un temps important. 5 à 10 minutes par jour suffisent pour produire des effets positifs et la respiration est un des outils de choix (et gratuit) pour se recentrer… mais nous avons besoin de l’apprivoiser…

Ci dessous une petite synthèse des rencontres avec des personnes précurseurs dans le domaine de l’éducation et la pleine conscience. (Parmi les personnes citées, il y a seulement Jules Ferry que je n’ai pas rencontré, et pour cause…)

Dans le programme de Jules FERRY en 1882, un des objectifs est le suivant

« développer dans l’homme, l’homme lui-même,

c’est à dire un coeur, une intelligence, une conscience ».

Qu’est ce qui fait qu’à l’école, on ne met pas en évidence la connaissance de soi comme élément incontournable ?

La vision de l’éducation de Tich NHAT HANH (qui le premier a introduit la pleine conscience en Occident) est d’offrir un environnement où autant les enseignants que les élèves vont pouvoir s’épanouir pour rendre l’apprentissage possible. Voici quelques un de ses propos offerts lors d’une retraite destinée aux enseignants en Octobre 2014 (son dernier enseignement oral) :

« Moi-même je suis enseignant et j’aime mon métier et je sais que vous aussi vous aimez votre métier. Vous voulez construire des hommes et des femmes jeunes, sains, heureux, capables d’être heureux et capable de rendre les autres personnes autour d’eux heureux. Notre mission ce n’est pas seulement de transmettre des connaissances mais c’est construire les hommes, construire une humanité digne, pour pouvoir prendre soin de notre précieuse planète.

Nous-mêmes nous avons des difficultés aussi, nous avons essayé de notre mieux, mais l’environnement, la famille, les collègues avec qui nous travaillons ont beaucoup de difficultés, donc c’est difficile. Si les enseignants et les collègues ne sont pas heureux, alors comment faire pour rendre les jeunes heureux ? c’est un grand problème. Le premier pas c’est d’effectuer un grand retour, un grand retour chez soi même. On cherche une sortie mais la sortie commence par une entrée. C’est le grand retour vers soi-même, afin de pouvoir prendre soin de soi même, afin de pouvoir gérer difficultés en soi-même et la démarche de pleine conscience nous offre des méthodes de pratique, avec lesquelles nous pouvons pratiquer ensemble dans la joie. »

Edgar MORIN va aussi dans ce sens : « Nous sommes à la préhistoire de l’esprit humain… Ce qui changera le monde sera la reconquête de la vie intérieure et cette reconquête de la vie intérieure passera par l’éducation : apprendre à affronter les incertitudes, enseigner la compassion, relier l’esprit et le corps… »

PLEINE CONSCIENCE AVEC LES ENFANTS ET ADOLESCENTS :

Le but essentiel de la pratique de méditation avec les enfants est de les aider à se reconnecter à eux-mêmes. Dans notre société « hyperconnectée » à toutes sortes d’écrans, ils sont les premiers exposés : dispersion, épuisement mental, fatigue, stress… difficultés à se poser, écouter, se concentrer… ils en perdent le contact avec eux-mêmes.

La pratique de la méditation est un moment où il n’y a rien à réussir, on ne cherche pas à s’améliorer… rien à ajouter ou retirer, en se mettant à l’écoute de soi-même et du monde qui nous entoure, pour voir les choses telles qu’elles sont. On invite les enfants à cette pratique, on ne leur impose jamais.

Beaucoup d’enfants sont soulagés quand ils prennent conscience que des pensées, émotions qu’ils traversent ne sont pas fondées. Souvent ils se mésestiment : quand ils se rendent compte que ce sont seulement des perceptions, c’est très soulageant

Quelques thèmes peuvent être proposés aux enfants ou adolescents en suivant une progression possible : développer leur attention et leur ressenti au corps et au souffle, renforcer leur ancrage, leur équilibre, exercer leurs capacités de concentration, prendre conscience de leurs émotions, les apprivoiser, faire face au stress, développer leur confiance en eux en s’ouvrant ainsi aux autres de manière plus apaisée, cultiver l’écoute…

Ainsi en expérimentant le fait de « sortir de leur tête » pour rentrer dans leur corps, ils entrent en contact avec eux-mêmes. Les expériences pilotes mettent en évidence qu’ils ont un meilleur repérage de leurs émotions, de leurs sensations, de leurs pensées et de leurs schémas de réactivité pour faire mieux face aux évènements de la vie. Ils sont plus calmes, plus concentrés, attentifs. Ils cultivent la patience, la confiance en eux et en l’autre, le lâcher prise et développent la bienveillance envers eux et envers les autres.

La pleine conscience peut aussi aider les adolescents à traverser les hauts et les bas de cette étape de vie stressante et délicate, à mieux appréhender les changements dans leur vie, les vagues qu’ils rencontrent (maladie, divorce..) et les invite à se poser la question : « puis je faire quelque chose ? » Ils ont une capacité à prendre du recul pour réfléchir et avoir un esprit critique sur ce qui se passe, une capacité de sortir de l’enfermement d’une opinion, d’être libre pour ne pas être manipulé….

Les vertus de cette pratique sont scientifiquement prouvées :
• amélioration des compétences pro-sociales (plus d’empathie et moins de violence)
• augmentation des performances scolaires (concentration, mémorisation,…)
• meilleure gestion émotionnelle
• …

Trois axes principaux peuvent nous guider :
1 – Faire expérimenter la pleine conscience aux élèves est une compétence qui va leur servir toute leur vie !
2 – Leur proposer de sortir de leur tête pour rentrer dans leur corps.
3 – Les aider à entrer en contact avec eux-mêmes, à se connecter à leur propres ressources pour résoudre eux mêmes leurs difficultés. Les aider à explorer leur sens : capacités qui ne jugent pas… Les aider à se rendre compte que notre corps peut être immobile mais notre esprit bondir sans arrêt… Développer des qualités : attention, non jugement, patience, bienveillance, confiance, lâcher prise….dans un monde en changement permanent.

En FRANCE, des formations telles que « L’attention ça marche » (Eline SNEL), « Mindful’up » (Jeanne Siaud FACCHIN), « l’AME » (Candice MARRO), « Enfance et attention »(Laurence DE GASPARY) proposent des pratiques de méditation de pleine conscience adaptées aux enfants et adolescents.

Le mouvement « Wake Up Schools » (initiative de Thich NHAT HANH et de la communauté internationale du Village des Pruniers) « offre aux éducateurs, aux étudiants et aux communautés scolaires des programmes de pleine conscience durables pour un environnement scolaire sain et heureux. »

L’association SEVE présidée par Frédéric LENOIR, a pour mission de « créer un réseau de personnes ayant les aptitudes et les savoirs nécessaires pour gérer des ateliers de pratique de l’attention et de philosophie avec les enfants et les adolescents ». Elle est depuis peu agrée par le ministère de l’Education Nationale !

PLEINE CONSCIENCE AVEC LES PROFESSEURS :

« Les enseignants enseignent ce qu’ils savent, mais ils enseignent surtout ce qu’ils sont. C’est pourquoi nous devons apprendre à prendre soin de nos enseignants » Tich NHAT HANH

A l’école cette proposition de pratique de la pleine conscience passe bien souvent par les enseignants, ce sont eux qui connaissent le mieux leurs élèves. Il y a une demande des enseignants pour accompagner le mal être des élèves. Ils se rendent compte qu’un enfant non serein affectivement n’est pas en capacité de recevoir des connaissances, d’apprendre tout simplement. Ainsi, le grand enjeu des enseignants est de travailler sur leur valeur, leur représentation sur ce qu’est un enseignant qui réussit, une école qui réussit et sur ce qu’est un enfant qui s’épanouit à l’école.

Nous ne pouvons transmettre quelque chose que si nous l’incarnons et si nous nous ouvrons à notre propre expérience…

Je propose pour les enseignants :

– une session MBSR à raison de 2 h30 pendant 8 semaines

+ 1 séance de pratiques adaptées aux élèves

– ou une intervention de 2 jours + 1 jour

En pratiquant en groupe avec une rencontre hebdomadaire, l’équipe éducative s’engage aussi à une pratique quotidienne à domicile. Ainsi elle est progressivement conduite dans un processus qui mène à un mieux être, à une intelligence émotionnelle et relationnelle, à vivre du dedans ce qu’est la pleine conscience pour ensuite, si les enseignants le souhaitent, la proposer aux élèves.

Il n’y a pas vraiment de différence entre la pratique de la méditation pour les adultes et pour les enfants, simplement ce sont les mots qui changent quand nous guidons les enfants ou la forme pour expliquer la pratique. En fin de session, nous proposons aux enseignants quelques pratiques plus adaptées aux élèves.

La qualité de présence que les enseignants vont expérimenter avec leur pratique va être mis aussi au service des élèves. Quand les enseignants sont complètement présents, ils transmettent mieux et quand les élèves sont pleinement présents, ils apprennent mieux.

Les enseignants vont ainsi avoir plus confiance en eux en sortant parfois d’une spirale d’épuisement, apprendre à gérer le stress en s’adaptant au groupe, mieux mobiliser et conserver l’attention des enfants, et s’adapter au programme tout en restant dans l’humain. Ils acquièrent la possibilité de transmettre et de pérenniser la pratique à l’aide d’exercices simples ; ils facilitent ainsi l’installation d’un climat plus serein propice au développement des capacités d’apprentissage.

Est-ce que c’est possible de méditer à l’école ?

C’est une aventure au quotidien et un défi… un projet qui se co-construit au quotidien, avec l’équipe, le directeur, l’institution… en avançant avec le feedback des jeunes… de l’institution. C’est un chemin non aisé dans lequel il y a des limitations :

la nature de la mission éducative, les enseignants ont de plus en plus de contraintes avec un besoin de remplir le programme, limitations qui viennent aussi de l’éducation nationale qui a peu de budgets… De plus en plus d’enseignants s’auto financent en faisant une formation en dehors de l’institution. Cependant les résistances du côté de l’éducation nationale sont en train de tomber petit à petit parce que ce phénomène est de plus en plus important…

En France, Vincent PARE, inspecteur de l’Education Nationale en Vendée, a pour but que tous les enseignants aient une formation à la pleine conscience financée par l’Education Nationale (comme en Hollande…) !. Selon lui cela va devenir une pratique incontournable qui influencera les nouvelles pratiques pédagogiques innovantes !… :

« Les enseignants se rendent compte qu’ils ne sont plus des enseignants qui ne diffusent que du savoir car le savoir est partout accessible. Cela crée l’illusion auprès des élèves qu’il n’y a plus besoin d’enseignants. Cependant un enseignant est un « tisseur de sens » en permettant à l’élève de mettre de l’ordre dans le désordre de son imagerie personnelle du monde… on se rend compte que beaucoup d’enfants ont du mal à trouver leur repère, trouver leur place. »

« Si on enseignait la méditation à tous les enfants à l’âge de 8 ans, la violence serait éradiquée en une génération » Dalai LAMA

« L’essentiel dans la méditation de pleine conscience c’est de devenir un meilleur être humain » Matthieu RICARD

Former des citoyens équilibrés et autonomes, épanouis et responsables qui auront envie de transformer le monde qui les entoure, n’est-ce pas là un des buts de l’éducation ?

Voici deux articles sur un retour de nos expériences de proposition d’un programme de pleine conscience au sein d’un collège :

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Article du Progrès d’une intervention au collège Jean Papon (42) (04/10/2017)

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Article du Progrès d’une intervention au collège Jean Dasté (42) (11/03/2015)

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et Article du Progrès : intervention en maternelle à St Forgeux Lespinasse(5/02/2018)


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LIVRES PLEINE CONSCIENCE POUR ENFANTS ET ADOLESCENTS

Interview de Vincent PARE :(7/11/2015)

L’enseignement de la pleine conscience à l’école : bel idéal utopique … ou véritable enjeu scolaire ?

LES ENSEIGNANTS HEUREUX CHANGERONT LE MONDE – Vidéo réalisée lors d’une retraite à Toronto –

THICH NHAT HANH


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